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“Fabriqué en Chine” toujours d’actualité?

Les États-Unis et la Chine sont enfermés dans une querelle commerciale consistant à imposer des droits de douane sur les marchandises provenant de l’autre pays. Toutefois, à 16 jours de la fin d’une trêve commerciale de 90 jours entre les deux plus grandes économies du monde, une question se pose : la Chine va-t-elle abandonner ou déguiser son initiative « Made in China 2025 » pour mettre un terme à cette guerre commerciale ?

Points clés

  • Il est peu probable que Pékin abandonne l’initiative « Made in China 2025 »
  • Un Plan B « Made in China 2025 » est susceptible de masquer ses ambitions de modernisation industrielle majeure
  • Il y a une forte volonté politique de parvenir à un « accord » commercial
  • Point essentiel pour les investisseurs : il est possible que des concessions soient faites et que la pression se relâche à court terme ; à long terme, les deux pays vont se livrer une compétition acharnée pour revendiquer la suprématie technologique

Les relations entre les États-Unis et la Chine sont plus tendus que jamais : lors de son discours sur l’état de l’Union la semaine dernière, la président américain Donald Trump a pris la Chine pour cible en promettant d’arrêter ce qu’il décrit comme le « vol » des emplois américains par ce pays. Il a ajouté que la conclusion d’un accord commercial avec la Chine passerait par des « changements structurels pour mettre fin à des pratiques commerciales injustes »1.

Cette semaine, les négociateurs américains se trouvent à Pékin pour tenter de trouver un accord d’ici le 1er mars, date butoir imposée par Trump. L’absence d’un accord pourrait accroître les enjeux de cette guerre commerciale mondiale.

Mais quel est le point de blocage de ce différend commercial particulièrement coûteux ?

La politique « Made in China 2025 » (MIC2025) – un plan visant à moderniser les capacités de fabrication du pays afin de refléter son infrastructure physique de premier plan.

La Chine entend accroître sa compétitivité par l’adoption d’une technologie de pointe dans la fabrication, la robotique, la 5G, l’intelligence artificielle et l’Internet des objet. Cette stratégie constitue la priorité du programme économique du Président Xi Jinping et s’inscrit dans un plan global visant à créer un modèle économique durable.

Malheureusement pour la Chine, l’administration Trump a placé les secteurs et les produits concernés par ce plan au cœur du différend commercial.

Banalisation du MIC2025

Pékin a arrêté d’évoquer son programme à MIC2025, une initiative qu’elle promeut agressivement depuis 2015, depuis que la guerre commerciale a éclaté et que les médias officiels du pays ont atténué les louanges patriotiques à l’égard de cette stratégie. Toutefois, il est peu probable que la Chine tourne le dos à la plus grande modernisation industrielle de son histoire.

Au contraire, la pression externe – en particulier les menaces de sanctions des États-Unis sur les technologies et les produits industriels clés – va encourager Pékin à investir davantage de capital et de ressources administratives pour promouvoir la modernisation technologique et l’autosuffisance dans la plupart des secteurs stratégiques.

Le bras de fer pour la suprématie technologique

Au-delà de la réduction du déficit commercial, le programme de l’administration Trump vise réellement à empêcher la Chine de devenir une puissance rivale et la politique américano-chinoise commence donc à prendre des allures flagrantes de guerre économique.

Trump exige de la Chine qu’elle renforce sa protection de la propriété intellectuelle américaine, qu’elle mette un terme aux transferts de technologie forcés et qu’elle autorise un meilleur accès des sociétés américaines au marché chinois. Pour arriver à ses fins, le gouvernement américain a instauré des droits de douane de 10 à 25 % sur 250 milliards de dollars d’importations chinoises, renforcé les contrôles sur les investissements chinois dans les sociétés technologiques américaines et imposé des sanctions à l’exportation à plusieurs sociétés technologiques chinoises.

Cette guerre commerciale a d’ores et déjà provoqué la délocalisation de certaines multinationales, mettant en péril l’économie actuelle de la Chine et ses projets de modernisation technologique. Toutefois, si la situation finit par dégénérer, la Chine peut faire baisser la température en diminuant ses objectifs d’autosuffisance, en améliorant la protection de la propriété intellectuelle et en faisant pencher la balance en faveur des sociétés privées étrangères et nationales au détriment des entreprises publiques.

L’abandon du MIC2025 est peu probable à nos yeux ; Pékin est plus susceptible de publier une nouvelle stratégie nationale de développement technologique sous un nouveau nom. Malheureusement pour la Chine, les modifications actuelles et antérieures du plan MIC2025 ne semblent pas de nature à apaiser les faucons américains. Les restrictions de l’accès à la technologie américaine ont déjà été renforcées et resteront probablement en vigueur sur le long terme.

Les dommages potentiels pour l’avenir industriel de la Chine sont difficiles à quantifier, mais il est important que les investisseurs en tiennent compte. Si le gouvernement américain impose davantage de restrictions aux étudiants et chercheurs chinois qui étudient dans les universités américaines, ou bloque l’acquisition de start-ups de la Silicon Valley par les fonds de capital-risque et les géants chinois de la technologie, le rythme d’acquisition des connaissances pourrait ralentir considérablement en Chine.

Bien entendu, cette situation porterait également préjudice aux États-Unis. Le retrait de Huawei de la liste des fournisseurs potentiels de la technologie 5G, une composante essentielle de l’économie numérique, expose les États-Unis à un duopole.

Le Plan B de Pékin

Un Plan B « Made in China » est donc susceptible de masquer ses objectifs ambitieux en matière de remplacement des importations et de contrôle des droits d’auteur et de se concentrer massivement sur la modernisation industrielle et le développement de technologies spécifiques. Les objectifs d’autosuffisance peuvent se muer en objectifs « internes » connus uniquement des organismes de réglementation du secteur et des principaux acteurs nationaux, et seront dilués pour refléter une feuille de route à plus long terme du développement technologique. La priorité absolue en matière d’autosuffisance restera les semi-conducteurs – bien que la date butoir sera probablement reportée – étant donné leur rôle de plus en plus central dans le reste du secteur et la vulnérabilité désormais évidente de la Chine aux restrictions étrangères dans ce domaine.

Les États-Unis réclament également une baisse du soutien apporté aux entreprises publiques. Ces ajustements sont peut-être déjà en cours du côté chinois. Au plus fort de l’escalade dans la guerre commerciale opposant les États-Unis à la Chine, le Premier ministre Li Keqiang, le vice-Premier ministre Liu He, le ministre de l’Industrie et des Technologies de l’information Miao Wei et d’autres hauts fonctionnaires ont promis d’offrir un « traitement équitable » à tous les types d’entreprises – y compris les entreprises étrangères – dans l’exécution du plan MIC-20252. Ce traitement équitable passerait par l’égalité d’accès aux ventes aux enchères, aux subventions et aux ressources d’informations du gouvernement.

Concessions potentielles

Bien qu’il faille toujours prendre du recul par rapport aux promesses de Pékin, la nécessité d’empêcher la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine de détruire la chaîne d’approvisionnement de la Chine a amené Pékin à prendre des engagements très sérieux. En guise de première étape clé vers un « traitement plus équitable », Pékin a assoupli les restrictions à la propriété des investissements des entreprises étrangères en Chine, par exemple en autorisant Tesla, BASF et Exxon Mobil à construire de nouvelles usines en propriété exclusive et en laissant BMW acheter une participation majoritaire dans sa JV China Brilliance Automotive. L’accroissement de la propriété de leurs filiales chinoises atténuera certaines des préoccupations liées au transfert forcé de technologie. Les autorités ont proposé de bannir le « transfert forcé de technologie » dans le récent projet de loi sur l’investissement étranger publié par l’Assemblée nationale populaire, qui pourrait ensuite être approuvé au cours des 15 prochains mois environ3.

La conclusion d’un accord sur la réforme des subventions aux entreprises publiques chinoises pourrait se révéler beaucoup plus difficile ; le soutien actuel du gouvernement est énorme. Selon les estimations, le montant total des subventions publiques se chiffre à 800 milliards de yuans en 20174, soit 4 % des dépenses publiques et 1 % du PIB. Le fait qu’une grande partie des subventions des gouvernements locaux soit octroyée dans le but premier de maintenir les entreprises locales en activité (ainsi que leurs emplois et leurs paiements d’impôts) complique encore les choses. Si les subventions visaient principalement à promouvoir la recherche, le développement et l’innovation, les coupes auraient été plus faciles à réaliser.

Indépendamment de la demande des États-Unis de supprimer ces subventions, la Chine pourrait envisager de prendre elle-même l’initiative dans ce domaine. Le niveau considérable d’endettement et de surcapacité des gouvernement locaux rend les subventions élevées de plus en plus inabordables et il serait donc logique de les réduire. Les ressources fiscales limitées deviendraient concentrées sur les secteurs les plus importants tels que celui des semi-conducteurs, de la robotique et des produits pharmaceutiques, et les subventions publiques aux secteurs les moins stratégiques seraient en baisse.

Rivaux poids lourds

La guerre commerciale qui fait rage entre les États-Unis et la Chine, et l’attention qu’elle a portée sur le MIC2025 n’est qu’un symptôme de la compétition stratégique naissante entre ces deux nations.

La Chine ne mettra pas en œuvre (elle ne peut pas le faire) les changements politico-économiques exigés par les États-Unis, mais Xi et Trump souhaitent fortement parvenir à un « accord ».

Il y a donc de fortes chances que des concessions soient faites et que les pressions commerciales s’atténuent progressivement à court terme. La rivalité des superpuissances, quant à elle, a encore de beaux jours devant elle.


1 « Discours sur l’état de l’Union : Trump souhaite mettre fin au “ vol ” des emplois par la Chine », publié par la BBC le 6 février 2019.

2 « La Chine adopte un projet de loi visant à interdire le transfert forcé de technologie des partenaires étrangers », publié par le Financial Times le 24 décembre 2018.

3 « Plan B : La réorganisation “ Made in China 2025 ” », publié par la CLSA le 16 janvier 2019.

Les points de vue qui y sont exprimés sont ceux de Gary Greenberg, Head of Global Emerging Markets et ne correspondent pas nécessairement aux points de vue exprimés ou sous-entendus par d’autres documents Hermes, par les stratégies de cette dernière ou par ses produits.Ce commentaire est publié à titre strictement indicatif et ne doit pas être considéré comme une sollicitation ou une offre d’achat ou de vente de titres ou autres instruments financiers.

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